La Vie d'Oyasama selon la vision du temps moderne
Deuxière partie : Révélation

III, Temple de Tsukihi

1, Le grenier

Dans le numéro précédent, j'ai employé le mot « profane » pour essayer de mettre en évidence le caractère ambivalent d'Oyasama. Toutefois, ce n'est pas pour dire qu'Oyasama était elle-même profane mais qu'elle côtoyait le monde temporel en gardant une forme humaine. Elle a réussi à établir une relation mondaine avec les hommes et à passer ses messages universels tout en restant une existence surhumaine et éternelle. La position d'Oyasama ainsi interprétée servira de clé pour comprendre les événements décrits ci-après.

Un des premiers événements qui se passa après qu'elle devint le Temple de Tsukihi est raconté dans le numéro 3 des Anecdotes sur la Vie d'Oyasama. Il s'agit de sa vie cloîtrée pendant trois ans dans le grenier de la maison. En effet, il ne s'agissait pas d'un renfermement complet mais c’est une période où elle se retirait souvent dans le grenier. Il y aurait donc eu des moments passés avec les autres membres de la famille : elle aurait fait le ménage ou serait même allée à la rencontre des voisins.

Un livre aborde ce sujet comme suit : Dès le dixième jour depuis qu'elle devint le Temple de Tsukihi, Oyasama commença sa retraite dans le grenier. Il était alors rare de la voir en sortir... On dit qu'elle y méditait ou parfois, on l'entendait dialoguer avec quelque chose d'invisible...(1) Et dans un autre livre : Suivant les paroles d'Oyagami, Oyasama portait toujours un kimono noir, ne se préoccupait guère des affaires familiales et ne récitait que « Namu Tenri-Ô-no-Mikoto » devant un bâtonnet d'encens(2).

En effet, il n'est pas facile d'imaginer comment elle vivait dans et en dehors du grenier pendant ces trois ans.

À ce propos, je n'ai aucune certitude mais j'ai l'impression qu'il y avait tout un processus d' adaptation durant les quelques années avant qu'elle devienne le Temple de Tsukihi. Je ne parle pas d'une évolution ou d'une maturation d'esprit chez Oyasama. La maturité spirituelle ne concerne que les humains mais pas Oyasama. Sa sacralisation s'est sûrement réalisée le 26 octobre 1838, et ce sans contestation possible. Mais du côté des hommes, il me semble qu'il y avait une période de flottement où les hommes sentaient encore fort la coexistence d'Oyasama, Dieu terrestre et de Miki NAKAYAMA, humaine. La retraite d'Oyasama dans le grenier ou sa tentative de se jeter dans un étang, épisodes que nous verrons plus tard, seraient les signes adressés par Dieu-Parent aux hommes réticents et hésitants de s'approcher des messages universels dans ses actes temporels. Tout de suite après la Révélation, les hommes qui n'avaient pas su s'adapter immédiatement à la situation, ne pouvaient voir en Oyasama que la femme qu'ils avaient toujours connue. Inversement, si la transfiguration d'Oyasama avait été rapide et radicale du jour au lendemain, ils auraient probablement perdu l'affection qu'ils avaient avant pour elle.

Cela peut porter à confusion mais comme j'ai évoqué plus haut, il n'y a pas de cohabitation divine et humaine en Oyasama. Cependant, même si Oyasama était un être divin sans faille, elle n'a pas changé son apparence et c'est ce qui a été trompeur pour les hommes. Théoriquement, les premiers fidèles auraient dû comprendre qu'elle était sacrée, mais physiquement, ils voyaient en elle une personne humaine. Oyagami, Dieu Parent, ne les a pas accusés de la voir ainsi mais il cherchait à faire comprendre son existence surhumaine en montrant ses puissances hors du commun(3). À propos de son enfermement dans le grenier, les hommes n'y voyaient certainement pas ses forces surpuissantes et cela ne leur permit pas de comprendre la vérité. D'après le deuxième Shimbashira, Oyasama s'interrogeait sur la façon de transmettre ses messages aux hommes(4). Autrement dit, elle voulait éviter de trop bouleverser les hommes tout en faisant intervenir les forces de Dieu Parent, certainement incompréhensibles du fait qu'ils n'étaient pas prêts à les accepter, aux moments nécessaires. Ce moment de confinement était indispensable aux hommes pour les préparer aux paroles et comportements ultérieurs d'Oyasama. La préparation signifie aussi qu'ils n'avaient pas encore les capacités de comprendre immédiatement la situation et que le doute existait chez eux. Toutefois, ce doute aurait rendu impossible de figer unilatéralement l'image d'Oyasama. Je pense que son image était flottante aux yeux des hommes car il leur était difficile de distinguer clairement la divinité de l'humanité. Elle se plaçait entre les deux. C'est d'ailleurs ce qui se passe pour nous aussi : notre Dieu est proche de nous comme Parent, mais il est parfois sévère comme nous le montre les phénomènes naturels dont nous n'avons aucune maîtrise.

Si les hommes ont eu besoin d'un intermédiaire pour comprendre la vérité d'Oyagami Dieu Parent, ce dernier eut à réussir une première entreprise pour mener à bien ses œuvres à long terme. Il n'a pas utilisé d'emblée ses forces puissantes pour changer les hommes, mais il a jugé nécessaire d'accorder un temps d'adaptation afin de les guider doucement en mettant à leur côté un amortisseur, à la fois familier et intouchable. Cet amortisseur aurait donc subi la friction, le frottement ou les charges entre le monde temporelle humain et celui universel divin. Le deuxième Shimbashira parlant également de ce frottement explique qu'Oyasama mais également son mari avaient vécu une histoire conflictuelle entre deux mondes différents(5). Tant qu'Oyasama avait un corps semblable à celui des hommes, sa vie avait certaines limites sur le plan social, culturel, spatial ou linguistique. Du point de vue ordinaire, ce serait une contrainte d'avoir des limites mais grâce à cela, Oyasama pouvait parcourir les deux mondes tout en montrant qu'il y avait un chemin d'accès entre eux et également asseoir une chaleur humaine en Temple de Tsukihi invulnérable pour fonder une valeur chère à Tenrikyô.

1 Hamada Taizo, Tenrikyô- Miki Nakayama, fondatrice vivante天理教‐存命の教祖中山みき, Kodansha, Tokyo, 1985, p.56.
2 Seiichi Moroi, Extrait des derniers messages 正文遺韻抄, Tenri, Doyusha, 1993, p.37.
3 Voir les Anecdotes sur la Vie d'Oyasama, No 80, 81, 118 par exemple. Les épisodes parlent des paysans en pleine possession de ses moyens battus à la « comparaison des forces » par Oyasama âgée alors plus de quatre-vingts ans.
4 Nakayama Shozen, Extraits des cours du premier niveau pour le XVIe stage sur la Doctrine第十六回教義講習会第一次講習録抜粋, Tenri, Doyusha, 1997, p.145.
5 Ibid. p.146-151.

(publié en février 2015 au bulletin trimestriel de Tenrikyô)